mercredi 9 septembre 2015

Miles Midnight & les Gladiateurs de la Mort - Episode 2

La table hantée

Je n'étais pas à ma table habituelle. A vrai dire, j'avais été obligé de m'asseoir là ce soir... Aucun habitué ne se serait installé là... aucun habitué vivant du moins. Au début du siècle dernier, Aleister Croley – le célèbre occultiste britannique – passait toutes ses soirées à la Patte d'Oie à se repaître de sa propre importance. Personne ne peut nier l'importance de Crowley dans le domaine des arts occultes, mais – à côté de ça – c'était l'un des personnages les plus antipathiques et prétentieux que j'ai jamais eu le malheur de rencontrer.

Car oui, je l'ai rencontré. Sur la fin de sa vie, ce rosbif arrogant n'avait rien trouvé de mieux à faire que de lier son essence à la table qu'il avait occupé pendant des années. Certains disent qu'il l'avait fait suite à un pari, d'autres après une biture monumentale. Son ectoplasme pouvait donc faire des aller-retours entre ce monde et celui d'après, à condition de rester à moins d'un mètre de la table. Il pouvait donc continuer à dispenser sa bonne parole à de nouvelles générations de mages du monde entier.

C'est vrai que sur le papier, ça en jette. Imaginez que votre bar préféré possède un juke-box habité par le fantôme d'Elvis Presley. Ça a l'air cool... Maintenant, imaginez que ce Elvis soit le pire des casse-pieds, critique vos goûts musicaux et passe son temps à vous rappeler qu'il est le King et que vous n'êtes rien. Résultat des courses : cette table était évitée comme la peste. Personne ne s'y asseyait à moins que la grande salle ne soit comble et que vous soyez trop fatigué pour rester debout. Bref, c'est en croisant les doigts pour ne pas avoir la visite de celui qu'on surnommait Aleistable Troll-ey que mon verre de whisky et moi avions été contraints de poser nos fesses ici.

Bref, j'étais assis peinard et aucun esprit n'était venu me dire qu'il avait été le premier à inventer la Pierre Philosophale... J'étais plutôt en veine donc. Du moins, jusqu'à l'arrivée de Dragon O'Sullivan... mais le terme d' « esprit » n'était pas celui qui vous venez immédiatement aux lèvres quand Dragon quand on vous parlait de lui.

Ce fier représentant de la verte Irlande était le genre de mec qui... Oh et puis zut ! Si je digresse encore, cette histoire ne va jamais démarrer. Disons simplement que parler avec Dragon, c'était comme jouer à la loterie. Il pouvait vous proposer une combine des plus foireuses ou vous faire toucher le jackpot. Il aurait pu lui même être millionnaire s'il n'avait pas toujours réinvesti tous ses gains dans des plans calamiteux.

Il s'approcha doucement de la table en regardant autour de lui, l'air soupçonneux.

- Troll-ey est pas là... lui dis-je.

Tout de suite, son visage s'illumina d'un grand sourire où deux dents manquaient... Une affaire avec des fées qui avait mal tourné et ces garces s'étaient payées en nature. Elles font souvent ça.

- Hey ! Miles, mon pote ! Dit-il en s'asseyant face à moi. Quoi de neuf ?

Précision : on était pas potes.

- La routine, Dragon... la routine.
- Cool... C'est cool !

Il fit teinter sa pinte de bière contre mon verre en riant. La plupart des gens ne prennent de vos nouvelles que pour vous puissiez prendre des leurs à votre tour. C'est pas un truc de mages, juste d'hypocrites. Je laissai planer encore un peu le silence, histoire de le frustrer.

- Et toi ? Quoi de neuf ?

Si j'avais su dans quelle histoire cette simple question allait m'embarquer, je pense que j'aurais moi-même invoqué le fantôme d'Aleister Crowley pour qu'il me rappelle à quel point j'étais un crétin sans cervelle...

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mercredi 4 mars 2015

Miles Midnight & les Gladiateurs de la Mort - Episode 1

La fille qui ne pouvait pas dormir

La Patte d'Oie a toujours été le bar préféré de beaucoup de mystiques. Le principe en est tout simple : un bar, mille portes. Personne ne peut vraiment dire où il se trouve, mais Paris, Tokyo, New York, Abidjan, New Delhi... toutes les grandes villes ont une porte qui y accède pour ceux qui savent regarder. Les gens normaux pouvaient parfois le voir aussi – on racontait que c'était faisable si vous aviez ingurgité la bonne dose d'alcool – mais aucune personne saine d'esprit n'aurait voulu pousser la porte d'un établissement qui ressemblait au pire coupe-gorge de la Terre pour découvrir que l'intérieur était mille fois que l'extérieur.

L'endroit accueillait une clientèle aussi hétéroclite que son mode d'accès le laissait imaginer : sorcières, médiums, démons, entités venues d'un autre plan d'existence. Tout ce que la Magie avait de pire et de meilleur se croisait ici en bonne société. La seule et unique du lieu était « Vous parlez business ici, mais vous réglez vos affaires dehors ». Il y avait aussi tout un tas de règles concernant les ardoises et comment les impayés pouvaient vous coûter votre âme, mais personne ne se risquerait à se mettre la patronne à dos.

Miss Understood. Une chevelure plus noire que la nuit et des yeux plus bleus qu'un après-midi d'été au-dessus du désert. Elle avait fait tourner la tête – au sens propre comme au figuré – de plus d'un mâle. Certains étaient tellement tombés sous son charme qu'ils n'avaient plus jamais quitté le bar et étaient morts en attendant qu'elle accepte de venir passer un moment avec eux. Leur os blanchis et desséchés avaient ensuite servi à la fabrication de tabourets et ils attendaient désormais que la belle vienne s'asseoir sur eux. Tout ça en pure perte.

Miss Understood ne quittait jamais La Patte d'Oie. Elle faisait partie de ses murs au même titre que le comptoir, les tables ou le flipper. Et encore le flipper n'était arrivé ici qu'en 1970. Elle avait servi des bières à des hommes dont elle avait connu jusqu'à l'arrière grand-père. On murmurait qu'elle était une divinité en exil d'un panthéon quelconque, une succube à qui les Pouvoirs Obscurs ont offert une licence IV pour qu'elle fasse sombrer l'Humanité dans l'alcoolisme ou encore une vampire. Rien de tout cela n'était vrai et il suffisait de le lui demander pour qu'elle vous raconte son histoire.

Angleterre 19ème Siècle (c'est un flashback)

Comme beaucoup de femmes, Miss Understood – ce n'était pas son nom à l'époque - avait peur de vieillir. Élevée pour devenir la compagne d'un homme aisé, elle désespéra de plus en plus de ne pas trouver celui qui assurerait sa subsistance jusqu'à la fin de ses jours. Ne devenant pas plus jeune au fur et à mesure que les années défilaient, elle chercha un moyen de conserver son charme et sa... fermeté. Toute la légende de la femme la plus mystérieuse de la Magie n'était qu'en vérité une simple histoire de jeunesse éternelle. Autant pour le glamour et l'originalité...

Ses recherches l'amenèrent à rencontrer un nombre impressionnant de charlatans. Le Londres de l'époque Victorienne pullulait de mystiques en herbe depuis que le mage Gilbert Norrel avait réussi à faire parler les statues de la cathédrale d'York et seulement un infime pourcentage d'entre eux avait le moindre début de don magique. On prescrivit à celle qui deviendrait Miss Understood des potions et des baumes pour le visage dont les ingrédients feraient mieux de rester secrets. On lui fit payer des parchemins vieillis censés contenir les secrets de beauté de prêtresses égyptiennes. Rien n'eut le moindre effet.

Puis, une nuit, elle écouta les conseils d'un certain Eusébius Scarrow. Le vieux Scarrow n'avait rien d'un mage, mais il avait entendu parler de la jeune idiote qui payait rubis sur l'ongle tout ce qui lui permettrait de rester jeune et belle. Il arracha une page d'un livre de mysticisme trouvé chez un bouquiniste et dit à la jeune fille de tracer le schéma qui y était représenté autour d'une baignoire remplie de sang de porc dans laquelle elle devrait se baigner. Il ne put s'empêcher de rire aux éclats en pensant au visage de la jeune fille quand elle comprendrait qu'elle avait été flouée.

Ce que Scarrow ignorait, c'est le dessin qu'il avait revendu à Miss Understood était en réalité un cercle d'invocation destiné à Ohoroa aussi connu sous le nom de L'Ouvreuse de Paupières (ou Celle-Qui-Garde-Les-Yeux-Ouverts... mon Maori est un peu rouillé) : un être à mi-chemin entre le démon et le dieu très friande de sang de porc.

Ohoroa apparut donc à Miss Understood et lut son histoire à même son esprit. Touchée et quelque peu amusée par les circonstances idiotes qui les avaient amenées à se rencontrer, l'entité proposa à la jeune fille d'exaucer l'un de ses vœux.

- Je veux rester éternellement jeune, s'empressa de dire cette dernière.

Peu importe que l'on traite avec un avocat, un démon, un envoyé divin ou avec Dieu le Père en personne, il faut garder à l'esprit une simple vérité : les puissances mystiques vous la mettent toujours bien profond quand ils exaucent vos vœux. C'est dans leur nature.

Ohoroa n'était pas une exception à la règle et offrit à Miss Understood ce qu'elle désirait en échange de toutes ses années de sommeil. La jeune femme ne vieillirait plus, mais elle ne dormirait plus jamais non plus. Elle ne rêverait plus jamais. Sans comprendre ce qui l'attendait, la jeune fille accepta.

Sauf que... Votre cerveau a besoin de rêver. C'est comme cligner des yeux, ça empêche le dessèchement. Au bout d'une dizaine d'années, Miss Understood n'avait pas pris la moindre ride, mais son esprit était dans la plus grande confusion. Elle errait dans les rues, l'air hagarde, prononçant des propos incohérents et se saoulant dans l'espoir de finir par s'évanouir. Rien n'y fit... et sa lente descente dans la folie l'avait mise au ban de sa famille, puis de la société et personne n'aurait même songé à l'épouser...

C'est lors d'une de ses crises les plus violentes qu'elle aperçut la porte d'un bar qu'elle n'avait jamais vu auparavant : La Patte d'Oie. Le patron de l'époque, un cyclope du nom de Beauregard, prit la jeune fille en pitié et la recueillit. Ses soins et sa magie parvinrent à redonner à Miss Understood une santé mentale tout à fait stable. Elle remercia son sauveur en travaillant comme serveuse dans ce bar si étrange et merveilleux qu'il lui semblait souvent être en train de rêver, puis... lorsque Beauregard prit sa retraite, elle en devint la gérante...

Mais pourquoi je vous raconte tout ça moi ? Ah oui...

Donc j'étais à La Patte d'Oie quand...

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mercredi 28 janvier 2015

Miles Midnight - Bonus : Les Origines de la Magie

Salut les mecs, c'est Miles Midnight pour un petit cours de magie pour débutants. Pour comprendre la magie, il faut savoir d'où elle vient. Ce qui la fait marcher. S'il fallait la résumer en un seul adage : Vous n'êtes rien et vous êtes tout.

En fait, personne n'en sait rien. Personne n'était là au commencement et si quelqu'un vous prétend le contraire... il faudrait lui conseiller de consulter. Personnellement, je ne crois pas dans l'existence d'un dieu, d'une entité supérieure. Si je devais mettre un nom là-dessus, j’appellerai ça « L'Univers ». Voilà... A un moment, il n'y avait rien et l'instant d'après il y avait l'Univers.

Le point sur lequel tout le monde s'accorde... c'est que vint un jour où il sépara les Ténèbres et la Lumière. Il baptisa la Lumière « Science » et les Ténèbres furent appelées « Magie ».

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, science et magie ne sont que les deux faces d'une seule et même pièce. Les arcanes permettent de faire tout ce que la Science accomplit et vice-versa. Bien entendu, il y a des décalages, mais je crois qu'ils ne sont que temporaires. Un sorcier un tant soit peu doué peut se téléporter et j'ai bon espoir que la Science y arrive un jour prochain. Je croise juste les doigts pour que les premières expériences accompliront sur le sujet ne se soldent pas avec des boyaux et d'autres fluides corporels étalés sur les murs.

Maintenant, chaque être humain porte ses deux facettes en lui. Vous êtes peut-être aussi bon sorcier que moi. Vous ne me croyez pas ? Ça vous est déjà arrivé de penser à une chanson et de l'entendre à la radio dans la journée ? Vous vous retournez quand quelqu'un vous regarde à votre insu ? Les sensations de déjà-vu, vous connaissez ? Vous pensez que ce sont des coïncidences ? Laissez-moi vous dire un secret : les coïncidences, c'est pour les connards !
Voilà un peu comment j'imagine l'Univers

Vous êtes un fragment de l'Univers ! Une cellule dans un corps gigantesque composé de planètes, de soleil. Vous pensez vraiment que le hasard a quelque chose à voir avec tout ça ? Bien sûr que vous avez des dons ! Le tout est de savoir les exploiter et... désolé... mais la plupart d'entre vous les ont déjà probablement gâchés. Déçus ? Je m'explique.

Tout le monde naît avec un don. Une aptitude mineure. Certains vont avoir une affinité plus particulière avec un certain types... « d'enchantements ». Localisation, hypnose, télépathie, illusionnisme... on ne saura jamais l'étendue complète de ces habiletés car on en découvre de nouvelles toutes les semaines. Les autres seront des « Touche-à-tout », comme moi, et peuvent maîtriser tous les genres de sorts quitte à avoir besoin d'un catalyseur.

C'est là que les grigris et les potions entrent en jeu. N'importe quel abruti peut jeter trois branches de thym dans de l'eau chaude, mais seul quelqu'un qui est conscient de son don arrivera à voir l'avenir dans son infusion.

Comment être conscient de son don ? Il n'y a qu'un seul moyen à ma connaissance : connaître son Vrai Nom. Je ne parle du nom que vos parents vont ont donné ou du surnom dont les gamins vous ont affligé lors d'une colonie de vacances (« Pisseux » mais c'était un accident). Votre Vrai Nom est un seul et unique mot qui vous a toujours défini et vous définira toujours. Vous l'avez reçu le jour où vous êtes sorti du ventre de votre mère et vous l'aurez toujours quand vous quitterez ce monde. Il est la somme de votre passé, de vos expériences, de vos rêves et de votre avenir.

Si quelqu'un devine votre Vrai Nom, il peut l'utiliser contre vous. C'est à dire qu'il peut faire de vous son esclave et vous ne pourrez rien faire pour vous y opposer, car il sait qui vous êtes. C'est pour cette raison que nous utilisons des pseudonymes. Donner votre nom de naissance à quelqu'un, c'est lui donner une piste. Il peut découvrir votre passé et s'il un tant soit peu doué, il arrivera à identifier votre Vrai Nom. D'ailleurs c'est de là que viennent tous ces contes où un personnage doté de pouvoirs les perd si on trouve son nom.

C'est pour ça que je m'appelle Miles Midnight et qu'aucun de mes amis n'a un nom normal. Je suis un fragment de l'Univers qui a un peu plus conscience de ce qu'il est que la plupart des autres fragments.

La classe est finie pour aujourd'hui. On se retrouve dans quelques semaines pour le début d'une nouvelle aventure...

Miles Midnight et les Gladiateurs de la Mort !!!

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mercredi 22 octobre 2014

Miles Midnight et l'Ame dans le Bocal - Episode 11


Episode 11 : Short Change Hero



Maintenant



Un corps désarticulé vêtu d'une robe de prêtre vola au dessus de ma tête avant de s'écraser sur un groupe d'invités qui essayaient en vain d'ouvrir les portes de la salle de réception. Tout autour de moi n'était que cris, sang et os apparents. La sorcière du clan de la Baba Yaga se servait des gens apeurés comme d'un bouclier humain. Elle psalmodiait une quelconque formule de protection quand un tentacule s'enroula autour de son cou et le brisa comme une brindille.



Les types du service de sécurité était complètement dépassé, deux d'entre eux avaient sorti leurs armes et vidé leur chargeur sur l'abomination qui venait d'envoyer valser le curé. Les balles la traversèrent comme si de rien n'était et l'une d'elles alla se planter dans le coup d'une vieille dame portant une écharpe en hermine. Le sang se mit à gicler comme une fontaine de sangria au vin d'honneur.



Au milieu de la boucherie, Murrel se tenait droit comme un I, impassible. Des flots de sang et d'autres liquides trempaient ses chaussures, mais il n'en avait cure. Ses yeux brûlaient de haine, ses mains tremblaient. Il sursauta à peine lorsqu'une défense en ivoire le traversa de part en part. Il ne poussa pas un cri non plus. Son regard resta plongé dans le mien pendant que des griffes acérées déchiraient son torse en deux. La créature s'acharna sur le cadavre pendant quelques secondes, le démembrant méthodiquement, comme un enfant arrachant les ailes puis les pattes d'une mouche avant de disparaître comme elle était venue.



J'aurais pu jurer qu'il m'observait encore quand sa tête retomba sur le sol.



Soixante secondes plus tôt


- … et je suis loin d'en être un.



Je jetais le bocal en dehors du cercle de protection. Un hurlement sauvage surgit des morceaux de verre. Quelque chose d'ancien, de primordial et de profondément mauvais. Une fumée commença à envahir toute la pièce. Les invités durent penser que j'essayais de les empoisonner, car plusieurs d'entre eux se couvrirent la bouche. Crétins... J'aurais moi-même porter un masque à gaz ou une protection quelconque si je venais de lâcher un poison dans l'air, non ? De toute façon, ça n'était même pas vraiment de la fumée... C'était... quelque chose... une matière vivante... qu'on ne connaissait pas en ce monde. C'était le corps d'une créature. Un monstre. Une quarantaine d'yeux s'ouvrirent à différents endroits de la brume. Des tentacules commencèrent à se frayer un chemin sur le sol, entre les chaussures brillantes du gratin de la Ville. Des pattes tordues et pourvues de griffes en lame de scie s'extirpèrent du néant. Un visage difforme dont s'échappaient deux défenses en ivoire surgit des ténèbres en grimaçant.



Je ne saurais dire qui de la bête que j'avais invoqué ou des invités fut le plus de bruit à ce moment là.



Quelques minutes plus tôt


- Qu'il parle maintenant ou qu'il se taise à jamais, dit le prêtre.
- Justement, j'ai quelque chose à dire, répondis-je en me levant de ma chaise.



Les yeux de Murrel se fixèrent sur moi. A vrai dire, les yeux de toutes les personnes présentes se fixèrent sur moi, mais le futur marié détenait la palme. Si on pouvait tuer les gens d'un regard... en fait on peut tuer les gens d'un regard, question d'entraînement. Bref... si LUI avait pu me tuer d'un regard, j'aurais très certainement été foudroyé à cet instant.


- Midnight, siffla-t-il entre ses dents.
- Oui... Midnight... Miles Midnight... Vous n'auriez pas dû vous foutre de moi.



Je sentais l'agitation autour de moi plus que je ne la voyais. La sécurité approchait. La sorcière du gang de la Baba Yaga se leva d'un bond. Je n'aurais pas eu la moindre chance si je n'avais pas dressé un champ de protection autour de moi.


- Qu'est ce que vous voulez ? reprit Murrel quand il comprit que ses gorilles ne pourraient pas mettre la main sur moi. Votre argent ?
- Mon argent ?



Je ne pouvais pas m'empêcher de rire. Je ricanais doucement en sortant le bocal de ma besace.


- On est allés plus loin qu'une simple question d'argent, vous ne croyez pas ?
- Alors qu'est ce que vous faites ici ? Vous venez jouer au héros ? Rendre la justice ?
- La justice ? Moi ? Un héros ? Laissez-moi vous dire quelque chose au sujet des héros Murrel. Ce sont des abrutis. Ils donnent leur temps et leur vie pour sauver des gens qui ne leur rendront jamais la pareille. Ce que j'ai fait pour vous, j'aurais pu le faire en me disant que je vous sauvais la vie. Ça, ça aurait été héroïque. Mais non, je l'ai fait pour l'argent. Vous n'êtes pas un vilain Murrel. Vous êtes juste une enflure. Le monde ne se portera pas plus mal sans vous, mais vous savez quoi ? Il ne se portera pas mieux pour autant. Je ne suis pas en train de sauver l'univers. Un héros... c'est celui qui accepte de faire des coups de pute, mais qui refuse d'être un fils de pute...



Quelques jours plus tôt


- Est ce que tu pourrais localiser une âme pour moi ?
- Une âme ? répéta Tony Padoue. L'âme de qui ?
- Semijian le Fourbe, répondis-je.
- Un démon ? Tu sais qu'ils ne traînent pas sur ce plan-ci d'habitude.
- Je sais... mais j'ai eu affaire à Semijian il y a quelques temps. J'ai condamné son âme dans un carton à pizza... Avant que tu me poses la question : j'avais que ça sous la main. Je l'ai balancé dans une poubelle, il doit être dans une décharge quelque part en ville maintenant.
- J'avoue que c'est pas banal. En même temps, tu m'as jamais habitué à des plans normaux. Et je peux te demander ce que tu comptes faire de l'esprit d'un démon tueur ?
- C'est pour un cadeau de mariage...




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mardi 16 septembre 2014

Miles Midnight et l'Ame dans le Bocal - Episode 10

Episode 10 : Bette Davis Eyes

- Ms. Murrel, acceptez vous cet homme comme légitime époux ? Promettez-vous de l'aimer dans la joie comme dans la peine, dans l'opulence comme dans la misère ?

« La misère »... Cette cérémonie était une mascarade d'une ironie mordante. Je regardais les gens assis autour de moi. Une bande d'hypocrites venus se gaver de petits fours et de commérages. Il fallait les voir, un air ému collé sur le visage et les mots « pouffiasse avide de fric » gravés au fond des yeux. Le sort de confiance totale me protégeait toujours des regards inquisiteurs, mais si les convives m'avaient regardé, ou plutôt s'ils avaient pu me voir, le rictus que j'affichais n'aurait été qu'un reflet des émotions qui agitaient leur for intérieur.

Le mariage n'avait été pour l'instant qu'une suite consternante de banalités et de vérités approximatives sur la vie et l'amour. J'étais installé au milieu des autres invités. J'avais choisi le côté du marié qui était étonnamment le plus rempli. Comme quoi, on peut être « amnésique » sans aucun souvenir de son passé ou de la personne qu'on a pu être et rester populaire.

Murrel aurait pu me reconnaître, bien sûr. Fort heureusement, il était bien trop bouffi de sa propre importance pour daigner accorder un regard à ses propres invités. Moi, je les avais regardé. Tous. Je les avais étudié même. Un sorcier fan de poker avait mis au point un sort qu'il avait baptisé « Les yeux de Bette Davis ». La magie vous permet de voir au-delà des apparences, de voir ce que les gens ne montrent pas. Regarder quelqu'un, l'observer quand il ne sait pas qu'il est observé et vous verrez qui il est au fond de lui. Méchanceté, gentillesse, haine... tout ça se lira sur son visage.

L'audience était à l'évidence à l'image des mariés.

Devant moi trônait le Commissaire Doyle. Cet homme – qui tenait plutôt du phacochère à mon avis – souffrait d'une forme atypique d'Alzeihmer qui lui faisait oublier à peu près n'importe quel crime. Bien entendu, sa capacité à oublier dépendait du pot de vin qu'on lui versait. Son compte en Suisse était aussi imposant que la police de la Ville était corrompue.

Du côté de la mariée, Oscar Rodder lorgnait toutes les femmes de l'assistance d'un œil expert. Ce producteur de vidéos récréatives pour adultes avait connu la mariée quand cette dernière était jeune et sans le sou. Il avait pour devise « Je me fiche de leur âge du moment que le film se vend ». Le morceau de silicone décoloré assis à sa droite avait les veines si pleines de substances diverses que je doute qu'elle avait même conscience d'être là.

J'ignorais qui était ma voisine de gauche mais elle arborait le tatouage de la Baba Yaga. Plusieurs clans mafieux régnaient sur la vie mystique de la Ville et celui de la Baba yaga – composé d'immigrés des pays de l'Est – était spécialisé dans l’extorsion et le rapt d'enfants dont les jeunes os étaient fort prisés dans la réalisation de certains rituels. Son esprit m'était fermé mais je savais que je n'aurais pas aimé ce que j'aurais pu y voir.

Infidélités, mensonges, meurtres, vacances en Thaïlande... Tout ce que l'espèce humaine pouvait concevoir de pire. La pièce suintait le vice et la corruption. La besace posée à mes pieds frémissait. L'esprit enfermé dans le bocal qui y était caché s'agitait fébrilement.

- Si quelqu'un dans cette assemblée s'oppose à cette union, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais, dit le prêtre, un zoophile passionné de chasse à l'homme.

Ma besace se mit à faire des bonds.


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mercredi 20 août 2014

Miles Midnight et l'Ame dans le Bocal - Episode 9

Episode 9 : Fais un vœux
 
Note de l'écriteur : Cet épisode se déroulant intégralement dans un ascenseur, nous préconisons un accompagnement musical lors de sa lecture afin de profiter au mieux de ces quelques lignes. Ainsi deux morceaux s'offrent à vous.
 
1- The Girl from Ipanema en version instrumentale qui colle le mieux avec le calvaire subi par nos protagonistes.
2- Cet épisode étant un hommage au sempiternel "stage de l'ascenseur" dans les beat'em up (stage qui arrive souvent vers la fin du jeu, tout comme nous approchons de la fin de la première aventure de Miles), nous vous conseillons également la musique du stage 7 de Streets of Rage.

Faites votre choix et bonne lecture.


C'est bizarre comment certains passages de votre vie ont l'air de passer à vitesse grand V alors que d'autres s'éternisent. Le gorille de Murrel prit place dans l'ascenseur sans même m'adresser un regard. Je collais mon dos contre la paroi et baisser la tête ce qui avait l'avantage de m'aider à passer inaperçu mais présentait l'inconvénient de m'empêcher de le voir. J'étais à la merci d'une attaque surprise en fait...

12h10 – 15 secondes
Un doigt gros comme une saucisse appuya sur le bouton du rez de chaussée et l'ascenseur se mit à entonner The Girl from Ipanema. Je n'ai jamais rien eu contre les saucisses, mais le problème de celle-ci, c'est que je l'imaginais bien me serrer le cou avec ses neuf copines.

 

12h10 – 22 secondes
Oh mon Dieu, il bouge... Il va se retourner et se reconnaître.


12h10 – 29 secondes
Fausse alerte, il s'est juste gratté. Le café et le hot dog que j'ai avalé quelques minutes plus tôt jouent au yo-yo dans mon bide.


12h10 – 51 secondes
Cette attente est interminable ! Ça fait des heures que nous descendons. Il faut qu'il se passe quelque chose. Il sait que je suis là. Il sait qui je suis. Il joue avec mes nerfs là.



12h11 – 1 seconde
Je devrais prendre l'avantage. Lui sauter sur le dos et l'étrangler. Il se débattra sans doute et je risque de finir encastré dans une paroi, mais je ne peux pas rester sans rien faire.



12h11 – 4 secondes
En fait, il m'a pas reconnu. C'est sur et certain. Il n'a pas eu le temps de voir mon visage. Il prend juste l'ascenseur. C'est une très banale coïncidence. Il n'y a pas à s'en faire. Tout va bien.



12h11 – Quelques millièmes de secondes plus tard

Tout est noir. Par contre j'entends encore la musique.

 

12h11 - ?
Je me sens comme soulevé de terre. Cinq saucisses m'enserrent la gorge et me plaque contre la paroi.


12h11 – En fait je ne suis plus très sur

- Alors Mister Midnight ? Qu'est ce que je vous avais dit la dernière fois ?

La voix est caverneuse. Je comprends que la lumière ne s'est pas éteinte. J'essaie d'ouvrir un œil.



12h11 – 25 secondes
Le gorille m'avait effectivement reconnu en entrant dans l'ascenseur. Il attend que je réponde à sa question... ce que je ferais volontiers si mon larynx n'était pas bloqué entre son index et son majeur.



12h11 – 27 secondes

- Le magicien a perdu sa langue ?


12h11 – 31 secondes
Magicien ? Il y a un magicien ici ? Mon cerveau commence à manquer d'oxygène, j'en suis sur. Un magicien aurait un tour pour se sortir de cette situation. Réfléchis Miles, réfléchis !



12h11 – 33 secondes
« Le magicien n'a pas perdu sa langue. Il n'en a juste pas besoin connard »
J'ai lancé ce message directement dans le cerveau du gorille. La surprise lui fait légèrement lâcher prise. De l'air irrigue à nouveau mes poumons... Révélation !



12h11 – 42 secondes
Il ne faut que dix secondes à un sorcier doué pour lancer un regard de pénitence. J'aimerais vous dire que l'origine de ce sort remonte à des temps très anciens, mais ça serait faux. Un type fan de comic-books a mis au point ce sort après avoir eu l'idée en lisant une revue qui parle d'une espèce de motocycliste fantôme. Je ne sais pas trop de quoi il parle, mais l'effet est imparable.
Le sort permet de faire revivre à quelqu'un tout lemal qu'il a pu faire subir aux autres. Vole le goûter d'un de tes camarades de classe à l'école, tu te retrouveras avec une fringale de tous les diables à 16h. Arnaque ton prochain et tu ressentiras le désespoir de la mère de famille qui n'a plus de quoi acheter à manger à ses gosses. Vole une voiture et tu auras la fatigue du type que tu auras obligé à aller bosser à pieds. Vous saisissez le principe ? Alors imaginez qu'on jette ce sort sur un type qui gagne sa vie en tabassant les autres...



12h11 – 44 secondes
Les yeux du gorille s'emplissent de larmes et il me lâche aussitôt. Son corps est secoué de spasmes alors qu'il s'effondre sur le sol. Je vois bien à son regard qu'il aimerait dire quelque chose du genre :

- Qu'est ce que tu m'as fait ?

Hélas, il est en train de sentir toutes ses dents se briser, certaines plusieurs fois d'ailleurs.



12h11 – 47 secondes
L'ennemi est vaincu. Il est l'heure de sortir une phrase cool.


12h11 – 48 secondes

- Voilà ce qui se passe quand on fait chier Miles Midnight.



12h11 – 50 secondes
 
Ma réplique choc étant plutôt vaseuse, je décide de trouver autre chose.
 
 
12h11 – 55 secondes
 
Je sers le poing et la musique s'arrête dans l'ascenseur.

 
12h11 – 59 secondes
Je tapote la tête du gorille qui n'est plus que douleurs et sanglots sur le sol de la cabine. Désormais, où qu'il aille, quoiqu'il fasse, qu'il dorme ou qu'il soit éveillé, The Girl from Ipanema résonnera dans sa tête. La mélodie l'obsédera et lui rappellera jusqu'à la fin de sa vie qu'on joue pas au con avec un sorcier.
 
12h12
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent. J'enjambe ma victime.
 
 




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mardi 5 août 2014

Miles Midnight et l'Ame dans le Bocal - Episode 8


Episode 8 : Fast forward !
Vient un moment dans toutes les histoires où l'action et l'intérêt retombent. Cette technique a été mise au point depuis des millénaires afin de créer un manque juste avant une conclusion épique. Un parfait exemple de cela est visible dans les différentes saisons de Buffy contre les Vampires où l'épisode précédant le season finale était toujours « un cran au dessus ».

La première saison de Miles Midnight approchant de son terme, nous voilà arrivés à cet épisode ponctué de passages un peu inintéressants, mais néanmoins nécessaire au dénouement de l'intrigue. Afin de ne pas vous ennuyer et de vous permettre de suivre cette aventure dans son intégralité, j'ai donc décidé de passer en accéléré certains passages du texte - un peu comme quand on regarde un film d'entertainment pour adultes – et de ne conserver que les passages les plus importants.

Bonne lecture.

L'estimé auteur


- Je viens livrer les fleurs !

Comment je m'étais retrouvé affublé d'un uniforme et d'une casquette de la société Spring Flowers ? Ce n'est sans doute pas la meilleure partie de l'histoire mais je me dois de la raconter quand même.
GeorgiaavaitdécouvertqueSpringFlowerss'occuppaitdumariageMurrel.Unevisitenocturnedeleursbureauxm'avaitpermisdemettrelamainsurununiforme,derécupérerl'adresseoùavaitlieulacérémonieetd'emprunterunecamionettedelivraisons.Jedevaisaussim'assurerquepersonnenedébarqueraitpendantmoninfiltrationaurisquedefoutreenl'aircequej'avaisentrepris...
Je dois avouer que je suis plutôt fier de ma trouvaille. J'avais placé les locaux de Spring Flowers sous un sort d'amnésie très précis. Quiconque se tenait à l'intérieur des locaux ne se souviendrait pas du mariage et rien ne pourrait être fait pour le leur rappeler. Mettez leur un bon de commande sous le nez, ils ne le verront pas. Passez leur un coup de téléphone pou parler de la décoration, vos paroles seraient perçues comme un charabia inintelligible. Le plus drôle, c'est – qu'une fois sorti de la boutique – les fleuristes se souviendront de tout et s'empresseront de retourner pour gérer l'affaire... et retour à la case « amnésie ». Je déteste me vanter, mais c'est un coup de maître. Croyez-en un expert.
Le moins qu'on pouvait dire c'est que les Murrel avaient vu les choses en grand, y compris au niveau de la sécurité. Ce pastiche de cérémonie devait avoir lieu au dernier étage de la tour de Murrel Communications and Entertainment. Les invités étaient déposés sur le toit par une flotte d'hélicoptères et plus d'une centaine d'agents de sécurités arpentaient les soixante-dix étages du building, tazers à la main. Les serveurs, musiciens, personnels de cuisine et agents d'entretien avaient été triés sur le volet. Même le type que je remplaçais avait du fournir un extrait de casier judiciaire avant d'être autorisé à s'occuper de la livraison. Par chance, j'avais jeté un sort de confiance totale sur sa casquette et personne ne saurait qui j'étais à moins de m'avoir déjà vu. Il était légèrement gratifiant de penser que j'étais la raison derrière tout cet impressionnant dispositif... ou alors c'était à cause des paparazzis.
J'avaispassédeuxheuresàdéchargerlacamionnettevoléepourensuitechargerl'ascenseurdeservice,ledéchargeràsontouretporterunecinquantainedebouquetsetdeplantesenpotsdansunesalletransforméeenchapellepourl'occasion.J'avaisvidélesstocksdeGeorgiaenpromettantdelarembourser,cequejeparviendraissimonplanréussissait.
L'arrangement floral est tout un art à ce qu'il paraît et je suis loin d'être ce genre d'artiste. Par contre, j'excelle dans les formes d'écritures anciennes et dans la connaissance des vertus mystiques des plantes. Chaque bouquet contenait au moins une iris, une achillée et un morceau d'écorce d'orme. Ces trois plantes avaient une affinité particulière avec les sortilèges que j'avais l'intention de jeter plus tard dans la journée. J'avais aussi pris la peine de disposer les compositions de manière à former Raidho la rune du Voyage. Je ne savais pas ce que ça donnerait mais quand vous aurez pratiqué la
magie depuis aussi longtemps que moi, vous saurez qu'il ne faut jamais résister à vos intuitions.
Je venais de finir la partie végétale du boulot et prenait l'ascenseur pour récupérer quelques dernières bricoles.
- Attendez ! Retenez l'ascenseur ! s'exclama une voix.

Quelqu'un courrait vers moi. J'enfonçais ma casquette sur ma tête alors qu'une main de la taille d'une poèle à frire retenait les portes et qu'un être mi-homme mi-bête, mais plus mi-bête que mi-homme entrait dans la cabine. Sans me prêter attention, le garde du corps de Murrel, appuya sur le bouton du rez-de-chaussée.
La petite fille en moi se remit à sangloter.

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