mercredi 22 octobre 2014

Miles Midnight et l'Ame dans le Bocal - Episode 11


Episode 11 : Short Change Hero



Maintenant



Un corps désarticulé vêtu d'une robe de prêtre vola au dessus de ma tête avant de s'écraser sur un groupe d'invités qui essayaient en vain d'ouvrir les portes de la salle de réception. Tout autour de moi n'était que cris, sang et os apparents. La sorcière du clan de la Baba Yaga se servait des gens apeurés comme d'un bouclier humain. Elle psalmodiait une quelconque formule de protection quand un tentacule s'enroula autour de son cou et le brisa comme une brindille.



Les types du service de sécurité était complètement dépassé, deux d'entre eux avaient sorti leurs armes et vidé leur chargeur sur l'abomination qui venait d'envoyer valser le curé. Les balles la traversèrent comme si de rien n'était et l'une d'elles alla se planter dans le coup d'une vieille dame portant une écharpe en hermine. Le sang se mit à gicler comme une fontaine de sangria au vin d'honneur.



Au milieu de la boucherie, Murrel se tenait droit comme un I, impassible. Des flots de sang et d'autres liquides trempaient ses chaussures, mais il n'en avait cure. Ses yeux brûlaient de haine, ses mains tremblaient. Il sursauta à peine lorsqu'une défense en ivoire le traversa de part en part. Il ne poussa pas un cri non plus. Son regard resta plongé dans le mien pendant que des griffes acérées déchiraient son torse en deux. La créature s'acharna sur le cadavre pendant quelques secondes, le démembrant méthodiquement, comme un enfant arrachant les ailes puis les pattes d'une mouche avant de disparaître comme elle était venue.



J'aurais pu jurer qu'il m'observait encore quand sa tête retomba sur le sol.



Soixante secondes plus tôt


- … et je suis loin d'en être un.



Je jetais le bocal en dehors du cercle de protection. Un hurlement sauvage surgit des morceaux de verre. Quelque chose d'ancien, de primordial et de profondément mauvais. Une fumée commença à envahir toute la pièce. Les invités durent penser que j'essayais de les empoisonner, car plusieurs d'entre eux se couvrirent la bouche. Crétins... J'aurais moi-même porter un masque à gaz ou une protection quelconque si je venais de lâcher un poison dans l'air, non ? De toute façon, ça n'était même pas vraiment de la fumée... C'était... quelque chose... une matière vivante... qu'on ne connaissait pas en ce monde. C'était le corps d'une créature. Un monstre. Une quarantaine d'yeux s'ouvrirent à différents endroits de la brume. Des tentacules commencèrent à se frayer un chemin sur le sol, entre les chaussures brillantes du gratin de la Ville. Des pattes tordues et pourvues de griffes en lame de scie s'extirpèrent du néant. Un visage difforme dont s'échappaient deux défenses en ivoire surgit des ténèbres en grimaçant.



Je ne saurais dire qui de la bête que j'avais invoqué ou des invités fut le plus de bruit à ce moment là.



Quelques minutes plus tôt


- Qu'il parle maintenant ou qu'il se taise à jamais, dit le prêtre.
- Justement, j'ai quelque chose à dire, répondis-je en me levant de ma chaise.



Les yeux de Murrel se fixèrent sur moi. A vrai dire, les yeux de toutes les personnes présentes se fixèrent sur moi, mais le futur marié détenait la palme. Si on pouvait tuer les gens d'un regard... en fait on peut tuer les gens d'un regard, question d'entraînement. Bref... si LUI avait pu me tuer d'un regard, j'aurais très certainement été foudroyé à cet instant.


- Midnight, siffla-t-il entre ses dents.
- Oui... Midnight... Miles Midnight... Vous n'auriez pas dû vous foutre de moi.



Je sentais l'agitation autour de moi plus que je ne la voyais. La sécurité approchait. La sorcière du gang de la Baba Yaga se leva d'un bond. Je n'aurais pas eu la moindre chance si je n'avais pas dressé un champ de protection autour de moi.


- Qu'est ce que vous voulez ? reprit Murrel quand il comprit que ses gorilles ne pourraient pas mettre la main sur moi. Votre argent ?
- Mon argent ?



Je ne pouvais pas m'empêcher de rire. Je ricanais doucement en sortant le bocal de ma besace.


- On est allés plus loin qu'une simple question d'argent, vous ne croyez pas ?
- Alors qu'est ce que vous faites ici ? Vous venez jouer au héros ? Rendre la justice ?
- La justice ? Moi ? Un héros ? Laissez-moi vous dire quelque chose au sujet des héros Murrel. Ce sont des abrutis. Ils donnent leur temps et leur vie pour sauver des gens qui ne leur rendront jamais la pareille. Ce que j'ai fait pour vous, j'aurais pu le faire en me disant que je vous sauvais la vie. Ça, ça aurait été héroïque. Mais non, je l'ai fait pour l'argent. Vous n'êtes pas un vilain Murrel. Vous êtes juste une enflure. Le monde ne se portera pas plus mal sans vous, mais vous savez quoi ? Il ne se portera pas mieux pour autant. Je ne suis pas en train de sauver l'univers. Un héros... c'est celui qui accepte de faire des coups de pute, mais qui refuse d'être un fils de pute...



Quelques jours plus tôt


- Est ce que tu pourrais localiser une âme pour moi ?
- Une âme ? répéta Tony Padoue. L'âme de qui ?
- Semijian le Fourbe, répondis-je.
- Un démon ? Tu sais qu'ils ne traînent pas sur ce plan-ci d'habitude.
- Je sais... mais j'ai eu affaire à Semijian il y a quelques temps. J'ai condamné son âme dans un carton à pizza... Avant que tu me poses la question : j'avais que ça sous la main. Je l'ai balancé dans une poubelle, il doit être dans une décharge quelque part en ville maintenant.
- J'avoue que c'est pas banal. En même temps, tu m'as jamais habitué à des plans normaux. Et je peux te demander ce que tu comptes faire de l'esprit d'un démon tueur ?
- C'est pour un cadeau de mariage...




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