Miles Midnight et l'Ame dans le Bocal - Episode 7
Episode 7 : They call him the Seeker
Les rouages de mon esprit
se mirent aussitôt en branle. Le plan était simple. J'avais donc
deux objectifs : pénétrer dans le mariage le plus select de
ces dix dernières années et y aller avec de quoi faire capoter la
cérémonie.
Monter un bon plan ne
demande qu'une seule chose : avoir des relations. Bonne
nouvelle : je connais la Terre entière... et vous aussi.
Réfléchissez ! A moins d'être un ermite, de vivre dans une
hutte au fond des bois ou d'être quelqu'un de vraiment désagréable,
vous avez des amis, une famille, des voisins, des collègues. Vous
êtes au centre d'un cercle de relations qui comprend facilement une
cinquantaine de personnes. Maintenant voilà la partie que beaucoup
de gens occultent : ces cinquante personnes sont également au
centre de leur propre cercle de relations. Aucun groupe n'est
complètement fermé. Vous connaissez toujours quelqu'un qui connaît
quelqu'un qui connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui connaît
la personne dont vous avez besoin. Besoin d'une camionnette pour un
déménagement ? Le cousin d'un de vos potes en a toujours une
vu qu'il est batteur dans un groupe de métal. Une lettre de
recommandation signée de la main du Pape ? Demandez à votre
tante hyper-bigotte d'en parler au curé de sa paroisse qui fera
remonter l'info à son supérieur et ainsi de suite. On peut
atteindre n'importe qui si on s'en donne la peine, la seule variable
est le nombre d'intermédiaires.
- Georgia ?
- Miles ?
- Tu connais pas le
fleuriste qui va s'occuper du mariage de la veuve Murrel par
hasard ?
- Non... Pourquoi ?
- Tu peux pas te
renseigner pour savoir de qui il s'agit ?
- Hummm, je peux
demander...
- Ca serait vraiment
chic de ta part.
- Tu ne vas pas me
dire pourquoi ça t'intéresse ?
- Pas tout de suite...
Tu crois que tu pourrais me préparer un bouquet à base d'iris,
d'achillée et d'orme ?
- De l'orme ?! Tu
sais que c'est un arbre ?
- De l'écorce... ou
une branche... Peu importe... Tu me fais une jolie composition,
c'est pour offrir.
La machine était en
route. J'avais une idée précise de comment j'allais prendre ma
revanche. Pas super précise, mais pas trop floue non plus. Il
fallait que j'empêche ce mariage. Pourquoi ? Parce qu'on ne me
roule pas ! La réputation c'est quelque chose d'important dans
le genre d'affaires que je traite. Si on apprenait qu'il suffisait de
me tabasser pour que je renonce à me faire payer, j'allais passer
plus de temps à compter mes dents que mes bénéfices. Si je ne
montrais pas ce qu'il en coûtait de venir me chercher des poux dans
la tête, j'allais finir comme ce type anonyme dans le corps de qui
j'avais foutu l'âme de Murrel... Attendez... Et si...
Je vous ai menti !
Je n'avais pas même l'ébauche d'un plan jusqu'ici. J'étais comme
un type qui écrit des nouvelles sur un blog sans savoir où elles
vont le mener, mais maintenant je savais ce que j'allais faire.
Certains magiciens ont
leur « truc », une spécialité en quelques sortes. Tony
Padoue (ce n'est pas son vrai nom) est une carte vivante. Des gens
racontent qu'à l'âge de huit ans, ses parents lui ont acheté un
globe terrestre habité par l'esprit d'un explorateur. D'autres
prétendent qu'il est l'incarnation de la Ville et qu'ils n'ignorent
rien de ce qui s'y passe. J'ai moi-même ma petite théorie sur son
compte. Je parle de « symbiose urbaine » ou de « parasite
urbain » selon mon humeur du moment. Peu importe d'où vient
son pouvoir en fait, Tony Padoue est capable de localiser n'importe
qui ou n'importe quoi du moment qu'il est dans les limites de la
Ville. Il utilise son don pour retrouver ce que les gens ont perdu.
Bien sur, ses services ne sont pas gratuits, mais il a un taux de
réussite de 100%. Les usuriers lui demandent de retrouver les
mauvais payeurs, la police le consulte pour mettre la main sur les
suspects et les pièces à convictions, des collectionneurs
l'engagent pour localiser les pièces qui leur manquent. J'avais
moi-même eu recours à ses services pour plusieurs affaires et,
d'ailleurs, j'ai pas très envie de parler de la dernière.
Tony avait monté une
affaire de récupération appelée « Lost and Found » et
avait un bureau dans le quartier des docks. Ce besoin de légitimité
était ironique dans le fond. La plupart des affaires qu'il traitait
étaient aussi lucratives qu'elles étaient illégales mais les gens
avaient besoin d'un endroit où ils pouvaient le trouver.
- Miles Midnight... Ça
fait un bail dis donc.
J'avais à peine poussé
la porte. Il m'attendait... Pas étonnant... Ce fumier savait
toujours où se trouvait les gens à n'importe quel moment de la
journée.
Tony était un colosse
Haïtien tout en muscles. Le genre de type qui vous faisait changer
de trottoir quand vous le croisiez la nuit. Pourtant, il essayait de
se donner une allure respectable. Il portait un costume trois-pièces
dont les coutures menaçaient de craquer à chacun de ses mouvements.
Il n'avait pas réussi à trouver un tailleur ?
- Tony... Les affaires
marchent à ce que je vois.
Je ne voyais rien du
tout, mais ça semblait être quelque chose à dire.
- Je ne me plains pas.
Qu'est ce que je peux faire pour toi aujourd'hui ? Tu cherches
une licorne ? Comme la dernière fois ?
Pourquoi toujours ramener
les mauvais souvenirs à la surface ?
- Non... Non, pas de
licorne cette fois-ci. A vrai dire, j'ai un vrai challenge à te
proposer.
- Un challenge ?
- Est ce que tu serais
capable de localiser une âme pour moi ?
Libellés : Miles Midnight, Saison 1

