mercredi 23 juillet 2014

Miles Midnight et l'Ame dans le Bocal - Episode 7

Episode 7 : They call him the Seeker
 
Les rouages de mon esprit se mirent aussitôt en branle. Le plan était simple. J'avais donc deux objectifs : pénétrer dans le mariage le plus select de ces dix dernières années et y aller avec de quoi faire capoter la cérémonie.
Monter un bon plan ne demande qu'une seule chose : avoir des relations. Bonne nouvelle : je connais la Terre entière... et vous aussi. Réfléchissez ! A moins d'être un ermite, de vivre dans une hutte au fond des bois ou d'être quelqu'un de vraiment désagréable, vous avez des amis, une famille, des voisins, des collègues. Vous êtes au centre d'un cercle de relations qui comprend facilement une cinquantaine de personnes. Maintenant voilà la partie que beaucoup de gens occultent : ces cinquante personnes sont également au centre de leur propre cercle de relations. Aucun groupe n'est complètement fermé. Vous connaissez toujours quelqu'un qui connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui connaît la personne dont vous avez besoin. Besoin d'une camionnette pour un déménagement ? Le cousin d'un de vos potes en a toujours une vu qu'il est batteur dans un groupe de métal. Une lettre de recommandation signée de la main du Pape ? Demandez à votre tante hyper-bigotte d'en parler au curé de sa paroisse qui fera remonter l'info à son supérieur et ainsi de suite. On peut atteindre n'importe qui si on s'en donne la peine, la seule variable est le nombre d'intermédiaires.
 
- Georgia ?
- Miles ?
- Tu connais pas le fleuriste qui va s'occuper du mariage de la veuve Murrel par hasard ?
- Non... Pourquoi ?
- Tu peux pas te renseigner pour savoir de qui il s'agit ?
- Hummm, je peux demander...
- Ca serait vraiment chic de ta part.
- Tu ne vas pas me dire pourquoi ça t'intéresse ?
- Pas tout de suite... Tu crois que tu pourrais me préparer un bouquet à base d'iris, d'achillée et d'orme ?
- De l'orme ?! Tu sais que c'est un arbre ?
- De l'écorce... ou une branche... Peu importe... Tu me fais une jolie composition, c'est pour offrir.
La machine était en route. J'avais une idée précise de comment j'allais prendre ma revanche. Pas super précise, mais pas trop floue non plus. Il fallait que j'empêche ce mariage. Pourquoi ? Parce qu'on ne me roule pas ! La réputation c'est quelque chose d'important dans le genre d'affaires que je traite. Si on apprenait qu'il suffisait de me tabasser pour que je renonce à me faire payer, j'allais passer plus de temps à compter mes dents que mes bénéfices. Si je ne montrais pas ce qu'il en coûtait de venir me chercher des poux dans la tête, j'allais finir comme ce type anonyme dans le corps de qui j'avais foutu l'âme de Murrel... Attendez... Et si...
Je vous ai menti ! Je n'avais pas même l'ébauche d'un plan jusqu'ici. J'étais comme un type qui écrit des nouvelles sur un blog sans savoir où elles vont le mener, mais maintenant je savais ce que j'allais faire.
Certains magiciens ont leur « truc », une spécialité en quelques sortes. Tony Padoue (ce n'est pas son vrai nom) est une carte vivante. Des gens racontent qu'à l'âge de huit ans, ses parents lui ont acheté un globe terrestre habité par l'esprit d'un explorateur. D'autres prétendent qu'il est l'incarnation de la Ville et qu'ils n'ignorent rien de ce qui s'y passe. J'ai moi-même ma petite théorie sur son compte. Je parle de « symbiose urbaine » ou de « parasite urbain » selon mon humeur du moment. Peu importe d'où vient son pouvoir en fait, Tony Padoue est capable de localiser n'importe qui ou n'importe quoi du moment qu'il est dans les limites de la Ville. Il utilise son don pour retrouver ce que les gens ont perdu. Bien sur, ses services ne sont pas gratuits, mais il a un taux de réussite de 100%. Les usuriers lui demandent de retrouver les mauvais payeurs, la police le consulte pour mettre la main sur les suspects et les pièces à convictions, des collectionneurs l'engagent pour localiser les pièces qui leur manquent. J'avais moi-même eu recours à ses services pour plusieurs affaires et, d'ailleurs, j'ai pas très envie de parler de la dernière.
Tony avait monté une affaire de récupération appelée « Lost and Found » et avait un bureau dans le quartier des docks. Ce besoin de légitimité était ironique dans le fond. La plupart des affaires qu'il traitait étaient aussi lucratives qu'elles étaient illégales mais les gens avaient besoin d'un endroit où ils pouvaient le trouver.
 
- Miles Midnight... Ça fait un bail dis donc.
 
J'avais à peine poussé la porte. Il m'attendait... Pas étonnant... Ce fumier savait toujours où se trouvait les gens à n'importe quel moment de la journée.
Tony était un colosse Haïtien tout en muscles. Le genre de type qui vous faisait changer de trottoir quand vous le croisiez la nuit. Pourtant, il essayait de se donner une allure respectable. Il portait un costume trois-pièces dont les coutures menaçaient de craquer à chacun de ses mouvements. Il n'avait pas réussi à trouver un tailleur ?
- Tony... Les affaires marchent à ce que je vois.
Je ne voyais rien du tout, mais ça semblait être quelque chose à dire.
- Je ne me plains pas. Qu'est ce que je peux faire pour toi aujourd'hui ? Tu cherches une licorne ? Comme la dernière fois ?
Pourquoi toujours ramener les mauvais souvenirs à la surface ?
- Non... Non, pas de licorne cette fois-ci. A vrai dire, j'ai un vrai challenge à te proposer.
- Un challenge ?
- Est ce que tu serais capable de localiser une âme pour moi ?

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mercredi 9 juillet 2014

Miles Midnight et l'Ame dans le Bocal - Episode 6

Episode 6 : Tentacules et News People
 
Reprenons les choses là où ne les avions laissées. Je me remettais du mieux que je pouvais et Georgia semblait prendre plaisir à jouer les infirmières. Parfois, elle venait me regarder dormir... sauf que je ne dormais pas. C'était le meilleur moyen d'esquiver l'interrogatoire. C'est comme ça que fonctionne notre « relation » : elle ne me pose pas les questions qu'elle meurt d'envie de me poser et je ne lui donne pas les réponses que j'aimerais tellement lui donner...
Une fois... Une seule et unique fois j'ai essayé de lui dire qui j'étais et ce que je faisais. Je lui ai raconté les sombres événements qui m'avaient conduit dans sa boutique.
Le secret de la magie, c'est que n'importe quel péquenaud peut en faire. Regardez, rien que dans les églises... Un type à genoux qui prie pour gagner au loto. Une vieille dame qui allume un cierge pour les examens de son petit-fils. Ce ne sont ni plus ni moins que des invocations. Le véritable problème c'est que, parfois, quelqu'un ou quelque chose écoute les prières... et y répond.
Il était une fois un livreur de pizzas qui rêvait de grandeur et de gloire. Il aurait très bien pu aller aux cours du soir, acquérir un diplôme à la sueur de son front, se lancer dans la finance ou quelque chose dans le genre. Le problème c'est que les cours du soir, ça finit tard et que les études ça bouffe du temps de cerveau disponible. Par contre, invoquer Semijian le Fourbe pour lui extorquer trois vœux, ça ne demande que dix minutes et une page de rituel imprimée sur Internet.
N'importe quel péquenaud peut faire de la magie et c'est encore plus vrai pour ceux qui ont une connexion haut-débit.
Pour la faire courte, disons qu'un poulpe surnaturel de cinq mètres de haut avec un profond dégoût pour la race humaine se promenait en ville. Il venait de dévorer un livreur de pizzas et ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin. J'avais été embauché par le webmaster et sorcier en chef d'un site Internet appelé « LesEntraillesDeGualacLeMystique.com » pour me débarrasser de la créature avant que quelqu'un ne remonte jusqu'à lui. Les exorcismes ne sont pas ce qu'il y a de plus compliqué dans ce métier du moment qu'on sait où se procurer de l'arbousier. Manque de pot, Sheena – mon herboriste précédente – avait connu une fin tragique. Cet pimpante octogénaire avait essayé de mettre au point un engrais mystique qui lui avait explosé au visage. J'étais présent ce jour-là et ce n'était pas beau à voir du tout. J'en fais encore des cauchemars la nuit.
D'où ma rencontre avec Georgia.
Elle ne m'a pas cru. Qui m'aurait cru d'ailleurs ? C'est l'incrédulité qui a permis à notre monde de prospérer. Je décidais donc de ne pas lui mentir et de ne jamais faire allusion à ma vie professionnelle.
Je passais une semaine dans la chambre d'amis de Georgia à me faire dorloter comme un canard en sucre. Le gorille de Murrel m'avait salement amoché mais je n'allais pas rester les bras croisés et faire une croix sur mon argent. C'était une question de principes.
Je passais mes journées à ruminer des plans d'actions divers et variés pour obliger mon ancien employeur à cracher la monnaie. La plupart d'entre eux était irréalisables tant que je ne saurais pas où je pouvais me procurer un char d'assaut de la deuxième guerre mondiale et douze litres de semence de rhinocéros mais ça me faisait du bien de les imaginer. J'avais l'impression d'être le coyote en train de dessiner des pièges farfelues pour coincer ce maudit oiseau qui courrait si vite. Malheureusement, je me heurtais à chaque fois à la même difficulté : Léonard Murrel était une personnalité importante de la ville avec un immeuble de bureau à son nom, une villa dont la piscine dessinait ses initiales et une limousine qu'on devait pouvoir apercevoir de la Lune. Le corps qu'il occupait à présent était désespérément anonyme et s'il avait deux sous de jugeote, il ferait en sorte que les choses restent ainsi.
C'était bien mal le connaître.
Je fumais planqué dans les toilettes de Georgia lorsque j'aperçus deux visages tristement familiers sur une photo dans un journal abandonné dans la pièce. Une ex-playmate sur le retour et un jeune homme noir s'embrassait goulument sur le pont d'un yatch.
Felindra Murrel se remarie
Moins de trois mois après le décès de son époux, l'ancien mannequin Felindra Murrel prévoit de convoler en juste noces avec son nouvel amant, un jeune homme dont nous ignorons encore le nom à l'heure où nous imprimons ces lignes. La cérémonie, considérée comme grossière et peu respectueuse par le ghotta de la ville aura lieu le 14 Août, jour de l'anniversaire de la jeune femme.
… Bingo !


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