Miles Midnight et l'Ame dans le Bocal - Episode 3
Episode 3 : (Flash)Back From the
Dead
Je vous avais dit qu'en
matière de magie, il y a des lois. Une frontière gardée par des
chiens, des hommes armées, des miradors et des barbelés entre ce
qui est autorisé, barbant, banal et le « n'importe quoi »...
C'est à dire les trucs cools. Vous pouvez matérialiser des lapins
et des colombes sans jamais réfléchir à d'où viennent leurs
molécules (des recherches ont prouvé que ça serait d'une dimension
parallèle peuplée de démons qui prennent l'apparence
d'inoffensives créatures au contact de l'oxygène) mais vous n'avez
pas le droit de ramener un être humain à la vie. C'est pourtant ce
que je m'apprête à faire.
Leonard Murrel, magnat de
la presse à scandales, mort d'une maladie dégénérative. A
l'article de la mort, il réalisa qu'il n'avait pas assez pourri
suffisamment de célébrités et qu'il utiliserait bien l'argent
amassé pour s'offrir un sursis avant de rejoindre son créateur. La
cryogénie étant hasardeuse et l'acupuncture inefficace, il a fini
par me trouver. On ne peut guérir ce genre de maladie... du moins,
JE ne peux pas guérir ce genre de maladie et ceux qui en étaient
capables demande pas moins le PIB d'un petit état d'Amérique du Sud
pour salaire. Par contre, il est bien moins coûteux d'abandonner un
corps à l'agonie pour en prendre un autre. J'ai donc patiemment
attendu que le vieux pousse son dernier soupir, j'ai récupéré son
âme dans un bocal et maintenant, je m'apprêtais à la fourrer dans
un nouveau réceptacle.
Murrel avait tout prévu.
Dès qu'il sortirait de l'hôpital, son nouveau lui rencontrerait son
ex-femme et ça serait le coup de foudre. Il se marierait et Léo
récupérerait son pactole. On aurait pu croire qu'une playmate de
vingt-sept ans aurait empoché l'héritage avant de jeter le bocal
aux ordures... et c'est exactement ce qu'aurait fait Felindra Murrel
si son mari ne lui avait pas révélé l'existence d'un compte secret
en Suisse dont il était le seul à avoir le code d'accès.
On se fait une fausse
idée des rituels magiques. La plupart du temps, les bougies, les
tigres blancs et les incantations ne sont là que pour le show. Tout
est affaire de volonté. De volonté, de calligraphie et
d'herboristerie.
Je m'allumais une
cigarette et utilisait l'allumette pour faire brûler une branche de
sauge. J'allais ouvrir la coquille d'un esprit vide pour y mettre une
âme et il fallait éviter que quelque chose ou quelqu'un d'autre ne
vienne s'y coller avant que je n'ai terminé. Vous seriez étonnés
en apprenant le nombre de particules mystiques et autres émanations
magiques qui flottent constamment autour de vous. Elles sont
responsables de la plupart des choses inexplicables que l'on voit
tous les jours et pour lesquelles les esprits les plus pragmatiques
ont inventé des explications scientifiques : les chats qui
retombent sur leurs pattes, les impressions de déjà-vu, cette
sensation de tomber quand vous êtes dans votre lit... La sauge tient
tout ça à l'écart.
Puis je traçais quelques
symboles cabalistiques sur la poitrine de notre « réceptacle »
avec du sang d'agneau récupéré le matin même dans une boucherie.
Cela aurait été mignon de vous dire que le sang symbolise la vie et
que celui d'un agneau représente l'innocence, mais la vérité c'est
que le sang contient du fer. Il se trouve qu'on a rien inventé de
mieux que le fer pour entraver un esprit.
Je vous passe les détails
mais sachez que l'opération fut un succès. Je fracassai l'esprit de
l'homme allongé sur le lit et n'y trouvai que du vide. Son âme
avait bel et bien quitté son corps qui n'avait pas l'air d'être au
courant. Le reste était de la physique pure et simple, ou de la
métaphysique si vous préférez. La nature détestant le vide, il me
suffit d'ouvrir le bocal et l'âme qui y était contenue se trouva
aspirée par le corps. Après quelques secondes, les appareils qui
maintenaient ce dernier en vie se mirent à faire un vacarme à
réveiller les morts. C'est d'ailleurs ce qui se produisit.
M. Murrel ressuscité se
dressa dans son lit en inspirant profondément. La renaissance est un
acte toujours assez traumatisant quand on y est pas habitué et il y
a un temps d'adaptation pendant lequel on éructe et on bave comme
un supporter de foot un soir de match. Murrel arracha sa perf et
tenta de déchirer son respirateur avec les dents. Oh.. et il fut
frappé d'un syndrome de Gilles de la Tourette momentanée.
- P...tain !
Aaaaah ! Mer... ! Aaaaah
Pour faire dans la
comparaison poétique, disons que c'est beaucoup moins mignon qu'un
bébé qui vient de naître.
Il n'en fallut pas plus
pour que l'agitation ne fasse rappliquer deux infirmières agacées
par le fait qu'un miracle avait eu l'outrecuidance de se produire
alors qu'elles étaient en pleine pause-café. Ma cigarette semblait
d'ailleurs bien plus les déranger que ma présence ici au beau
milieu de la nuit ou les tombereaux d'injures jaillissant de la
bouche de leur patient.
- Vous êtes dans un
hôpital ici Monsieur, vous n'avez pas le droit de fumer, me dit
l'une d'elles pendant que sa collègue tentait de calmer Murrel.- Oh désolé Madame... Vous savez ma femme vient d'accoucher de triplés et je m'étais caché ici pour réfléchir à un moyen de m'enfuir.
- Mais enfin, vous n'y pensez...
Elle n'eut pas le temps
de finir sa phrase. Murrel venait d'étendre l'autre infirmière d'un
magnifique crochet du droit. Ses fonctions motrices semblaient vite
revenir.
- S...lope ! M'Touche paaaaaaaaah !
Sur ces bonnes paroles,
je m'éclipsai.
J'attendis deux semaines
avant de recontacter mon client. Il avait dû jouer la carte de
l'amnésique acariâtre jusqu'à ce que les médecins se lassent et
décident de le laisser sortir, se contrefoutant visiblement de ce
qu'il se passerait quand on lâcherait dans la nature quelqu'un sans
famille et sans aucune idée de qui il est, d'où il vit et tout le
toutim. Il s'empressa alors de rejoindre sa femme et de reprendre les
rênes de sa fortune. Il me fallut ensuite une semaine de plus et une
douzaine de messages pour que quelqu'un daigne enfin me répondre. Un
rendez-vous fut fixé dans une ruelle des bas quartiers.
Vous devinez la suite ?
Libellés : Miles Midnight, Saison 1


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