mercredi 30 avril 2014

Miles Midnight et l'Ame dans le Bocal - Episode 2

Note de l'auteur : Chers lecteurs, l'auteur et les personnages de cet épisode vous rappelle que les événements qui vont suivre se déroulent dans la mémoire de notre héros, le déjà très célèbre Miles Midnight. Vous assistez donc aujourd'hui à ce qu'on appelle communément un "flashback". C'est pour cela qu'en mélomanes avertis nous vous proposons cet accompagnement musical pour votre lecture. A bientôt.





Episode 2 : Flashback (to the Days when the Nights were Young)

 
Tout a commencé il y a un mois. En fait, ça a commencé avant ça, mais ma commotion cérébrale m'empêche de remonter plus loin.

En ville, l'hôpital Messiah est le genre d'endroit où on ne va pas par choix. Comme tous les hôpitaux à vrai dire, mais en pire. On y trouve de tout. Camés en manque, blessés par balle, accidentés de la route un peu défigurés. Le bon peuple propre sur lui l'a déserté depuis quelques années au profit de différentes cliniques huppées et il ne reste plus guère ici que des paumés sans le sou et des agonisants pour qui personne ne veut payer. Tout à fait ce qu'il me faut...

J'avais fait mon entrée par le service des urgences – ou l'antichambre des souffrances – car c'était l'issue la plus pratique. Je peux passer inaperçu quand j'en ai vraiment envie – je peux même me rendre invisible si ça me chante... bon pas invisible au sens où vous l'entendez, mais quelque chose d'approchant – mais entre un type qui avait un couteau de cuisine planté dans l'avant-bras (une dispute avec sa femme qui aurait mal tourné) et une tapineuse en plein bad trip (elle prétendait être la réincarnation d'un général prussien), ne pas se faire remarquer relever du jeu d'enfant. Je valsais entre les brancards et les internes sans que personne ne m'adresse le moindre regard.

Je m'engouffrais dans l'ascenseur à la suite de deux infirmiers qui tenaient un type qui n'arrivait plus à marcher tout seul. Le fait qu'on ne lui ait pas proposé un fauteuil roulant m'indiqua qu'il avait dû se coller quelque chose de gênant dans un endroit qui l'était tout autant. Parfait ! Tout le monde était si mal à l'aise – ou au bord d'une crise de fou rire – qu'on allait se contenter de regarder nos godasses sans dire un mot. Personne n'allait me demander qui j'étais ou ce que je faisais là. On se serait cru dans un lieu de culte. Le silence était tel que je suis certain d'avoir entendu un cochon d'Inde appeler à l'aide... Les gens sont des monstres !

Troisième étage : morphine, infirmières pas sexy et service de comatologie ! En avant !

J'abandonnais l'ami des animaux et son escorte et disparaissais dans les couloirs vides et silencieux. J'avais volontairement évité les horaires de visite parce que j'avais besoin d'un peu d'intimité pour accomplir ma mission. J'aurais pu croiser des médecins, mais ici c'était le potager de l'hôpital. Quarante-cinq chambres remplies de légumes ! J'y étais presque.

Ma cible m'attendait, allongé sur son lit. Il ne fit pas un geste quand j'entrais dans sa chambre. Il ne dit pas un mot quand je posais mon sac sur la table de chevet. Quoi de plus normal pour un comateux ? Je bloquais la porte de la chambre avec une chaise et sortit mon client de mon sac.

- M. Murrel ? Je vous présente votre nouveau vous !

Quiconque m'aurait vu tailler une bavette avec un bocal serait aller prévenir le service psychiatrique que j'étais en balade, alors imaginez sa surprise s'il avait entendu le bocal me répondre. Sur un ton un peu mauvais en plus...

- Où est-il ? Montrez-le moi !

Le ridicule n'ayant jamais tué qu'une seule personne (l'ami d'un ami, je vous raconterez), je fis le tour du lit en tenant le bocal à bout de bras. L'homme qui était allongé là ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans. Les épaules larges, une carrure d'athlète.

- Mais... Il est noir ! s'exclama le bocal en fronçant des sourcils qu'il n'avait pas.

Super... Ca promettait.

- Je sais.

- Vous ne l'aviez pas dit !

- Voyez ça avec votre femme, c'est elle qui l'a choisi.

- Je ne peux pas... C'est juste... Impossible.

- Ecoutez Herr Murrel. On fait avec ce qu'on a et je n'avais pas de grand blond aux yeux bleus sous la main.

- Oui mais...

- Et la date de péremption sur votre bocal sera bientôt dépassée. Alors ?

Vous avez déjà vu un bocal réfléchir ? Vous seriez étonnés de voir à quel point cela ressemble à... un bocal ordinaire en fait.

- Qui est ce ? demanda-t-il en me regardant soupçonneusement malgré l'absence de ses yeux.

Le pire là-dedans, c'est que mon bocal savait déjà tout ça. Le plan était sur les rails depuis des semaines. Mais bon... c'est lui qui payait et le vieux bougre voulait en avoir pour son argent.
 
- Aucune idée. Un pauvre type qui a eu la mauvaise idée de sortir sans ses papiers d'identité le jour où il s'est fait renversé par un bus. Personne n'a l'air de le chercher et il est pas près de nous dire son nom lui-même. Aucune activité cérébrale depuis des semaines.

Le bocal se remit à réfléchir. Cette manie devenait des plus agaçantes. L'heure était venue de faire un mauvais jeu de mots.

- Sans vouloir vous agiter le bocal, M. Murrel, on a une date de pé... rem...

- D'accord ! D'accord ! tonna la voix dans le bocal malgré l'absence de cordes vocales. Faites ce que vous avez à faire.


C'est le moment que je préfère.

- Très bien ! C'est l'heure de faire revenir les morts à la vie !

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